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Des utopies soutenables ?

Invités par VAD le 5 décembre 2011 : de g. à dr., Ruth Stégassy, Guillaume Duval, Dominique Gauzin-Müller et Jacques Mirenowicz.

Invités en décembre dernier par l’association Ville et Aménagement Durable, quatre pros de l’information engagée ont débattu autour de la question « Quelles utopies pour demain face aux enjeux du développement durable ? ». Stimulant.

A quelques mois du sommet Rio+20 (juin 2012), en France, un A de perdu monopolise les débats en reléguant le double D dans les coulisses. L’urgente transition écologique saura-t-elle encore mobiliser ? Début de réponse avec quatre observateurs impliqués sur la place publique : Ruth Stégassy (Terre à Terre), Guillaume Duval (Alternatives Economiques), Dominique Gauzin-Müller (Ekologik) et Jacques Mirenowicz (La Revue Durable) (de g. à dr. sur la photo).

« Quelles utopies pour demain ? Bilan et prospective sur la société à venir face aux enjeux du développement durable. » Ce n’est pas un hasard si l’association rhônalpine  Ville et Aménagement Durable a hissé cette question sur la scène de l’amphithéâtre de l’Institut Lumière (Lyon), où elle avait convié, le 5 décembre dernier, plus de deux cents acteurs des territoires à souffler ses dix bougies.

Dans les secteurs du bâtiment et de l’aménagement, où VAD milite pour la promotion de la qualité environnementale, mais aussi dans les autres domaines, « La transition écologique ne peut plus attendre » a rappelé, en préambule au débat, l’architecte-urbaniste Christian Charignon.

Utopies tangibles

Or, « La démobilisation guette de toutes parts : gouvernement, politiques, maîtres d’ouvrages, services techniques, professionnels des filières… » s’est alerté, à sa suite, Jean-Pierre Marielle, programmiste, architecte et vice-président de VAD.

Il y a paradoxe à brandir l’utopie comme moyen de mobilisation. Les quatre invités de VAD l’ont bien perçu, qui, chacun dans son champ, a tenté d’en définir des contours tangibles.

Le réel, ce sont les effets dramatiques du changement climatique. Plus de 300 000 morts, 325 millions de personnes affectées, 125 milliards de dollars de pertes économiques… En rappelant d’emblée ces quelques données issues du rapport de Kofi Annan pour le Global Humanitarian Forum en 2009 (organisation, signe des temps, aujourd’hui dissoute), Jacques Mirenowicz a resitué l’urgence de la mobilisation.

Démobilisation

Face à ces enjeux, le concret c’est aussi la courbe tout aussi préoccupante de leur médiatisation, retracée par le rédacteur en chef de La Revue Durable.

« Les tempêtes de 1999, la canicule de 2003, l’ouragan Katrina en 2005… Ces catastrophes climatiques ont contribué à créer le contexte d’une médiatisation maximale en 2006, a-t-il indiqué, avec, cette année-là, les triomphes du film d’Al Gore (An inconvenient truth, Une vérité qui dérange) et du rapport WWF Planète Vivante, l’un hissé 3e au palmarès des films documentaires, l’autre classé plus grand succès médiatique de l’ONG. »

Vinrent le sommet de Copenhague, le Grenelle en France, puis la crise financière de 2008, la vague climato-sceptique, les atermoiements du récent sommet de Durban… « La crise actuelle rend la tâche (des partisans du développement durable) très difficile, on assiste à un net reflux » de la prise de conscience et de la mobilisation.

Contrainte écologique

Paradoxe. Car, « Liée à la flambée des prix du pétrole et des matières premières, la récession de 2008 a pourtant bien constitué la première crise écologique du XXIe siècle », a pointé Guillaume Duval, le rédacteur en chef d’Alternatives Economiques.

Auteur de La France d’après. Rebondir après la crise (Les petits matins, 2011), son utopie serait celle d’une contrainte écologique qui parviendrait à être le nouveau moteur de nos économies occidentales et mondiale.

D’accord avec les autres invités sur le point que l’ « on ne s’en sortira que si l’on trouve le moyen d’accélérer la transition écologique », Guillaume Duval a argumenté avec force tout en maniant le conditionnel. « La contrainte écologique peut s’avérer l’un des moteurs de la réduction des inégalités, car on ne pourra progresser que si l’on assiste à des transferts massifs, notamment de technologies, du Nord vers le Sud. »

Freins politiques

A cette condition seulement, insiste le rédacteur en chef d’Alternatives Economiques, la contrainte écologique peut ainsi être « l’un des moteurs de la régulation de la mondialisation. Elle peut aussi permettre la poursuite de l’intégration européenne et enrichir la démocratie parlementaire. »

Les résistances à la définition de cadres ad hoc ? Pour cet observateur de l’entreprise, les acteurs du privés sont demandeurs de telles contraintes, et le frein est moins à chercher du côté de leur soi-disant court-termisme que du côté des politiques.

Sans parler même de la tout à fait passionnante économie circulaire, « très lourde à mettre en place », les outils sont là, connus. « Le problème, c’est comment mettre en œuvre une nouvelle dynamique socio-économique dans un contexte de crise » a rappelé Guillaume Duval.

« Prospérité sans croissance »

Quelle vision de société ces outils doivent-ils servir ? L’arrogance du système financier peut-elle être contrée par les nouveaux modes de l’économie solidaire, comme veut le croire Ruth Stégassy ? La croissance verte est-elle un leurre qui doit céder la place à « La prospérité sans croissance », comme le prône Jacques Mirenowicz ?

Chantre d’une conception holistique du changement sur le terrain d’une société soutenable, Dominique Gauzin-Müller n’a pas failli à son message en plaçant, quant à elle, l’utopie sur un terrain à ses yeux on ne plus substantiel : celui de l’action conjuguée à l’éthique.

« L’utopie est forcément concrète, a martelé l’architecte et directrice de la revue Ekologik, par ailleurs engagée dans le mouvement Tous Candidats, des Colibris de Pierre Rabhi. C’est redéfinir des valeurs, redonner du sens, recréer du lien. C’est aussi ancrer l’action dans le territoire. » A bon entendeur.

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