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Habitat participatif : une première à Marseille

vue Marseille

Un terrain proposé à l’habitat groupé, c’est rare. A quelques encablures du vieux-port, c’est une première !  Nous avons rencontré le collectif porteur du projet : La Place des Habeilles.

D’une manière générale mais surtout dans le sud de la France, le foncier se fait rare, donc cher ; sa recherche s’avère l’une des principales causes d’enlisement des projets d’habitat groupé. C’est pourquoi, quand, à l’été 2011, Stefan Singer entend l’Etablissement public foncier régional PACA lui proposer cette parcelle au cœur de Marseille, il fonce.

Spécialiste de l’accompagnement de groupes, avec sa structure explicitement baptisée Toits de Choix, ce pionnier de l’habitat participatif sait reconnaître les opportunités. Le terrain est situé dans le 3e arrondissement, proche de l’hypercentre, à deux pas des transports en commun ; un quartier populaire, loin de toute perspective de gentryfication. D’une surface inférieure à 1000 m2, le lot n’intéresse ni les promoteurs ni les bailleurs sociaux.

Un immeuble multigénérationnel

Objectif : un immeuble de sept étages pour au moins quinze logements. Les aspirants à l’habitat groupé ne manquent pas dans le département et alentours, même si les groupes fatiguent, souvent faute de terrain. L’info circule rapidement et fait mouche. « Trente ans que je me disais qu’il fallait faire le saut, rit Annie-Claude. Là, je n’ai pas hésité : enfin du concret ! »

Le temps est compté : quinze semaines à peine pour fédérer un solide embryon de groupe. Or, « Six mois ne sont pas de trop pour s’accorder sur un projet commun, même si c’est dans les grandes lignes » souligne Stefan Singer. La motivation ne compresse pas le temps de la réflexion. En revanche, l’accompagnement lui donne des ailes.

Après seulement trois séances de travail cadrées et intenses, ponctuées par des rencontres avec les habitants et les associations du quartier, Marie, Christine, Philippe, Danièle, Annie-Claude et quelques autres ont déposé fin décembre 2011 les statuts du collectif. La Place des Habeilles, c’est leur nom ; le dénominateur commun de la ruche en effervescence a tout d’un programme de vie : « Un immeuble multigénérationnel en autopromotion, ouvert sur le quartier » pour un autre « vivre ensemble ».

Militance et pragmatisme

Des fonctions mutualisées, des espaces partagés, comme un salon-bis avec grande terrasse au dernier étage, une salle polyvalente ouverte aux voisins du quartier, une architecture bioclimatique, « créative et intégrée », dont l’étude de programmation a été confiée à l’architecte Jérôme Solari, spécialiste de l’écoconstruction… « Même si tout reste à définir, on est d’accord sur cet essentiel-là », se réjouit Marie, elle-même architecte mais désireuse de ne pas risquer la confusion entre intérêts professionnels et inter-relationnels.

Engagement « militant, social, écologique et par rapport à la notion de propriété » pour Philippe, proche de la retraite et dont ce sera la première acquisition ; résonance avec « une autre façon de consommer », pour cette conseillère en cohésion sociale ; « une vraie écologie humaine », pour Annie-Claude… Fondé sur un mix de vision politique et de pragmatisme, le collectif marseillais illustre bien le caractère hybride de beaucoup parmi les quelque 280 groupes-projets recensés en France, caractère pointé par l’architecte et urbaniste Anne d’Orazio dans la revue électronique metropolitiques.eu.

Facteur humain et politiques publiques

« L’habitat groupé n’est ni une action politique, ni une thérapie de groupe, sa vocation n’est pas de changer le monde ni de rétablir un équilibre individuel » indique Stefan Singer. Avec force empathie et une vraie rigueur dans l’ingénierie de l’accompagnement, l’animateur de Toits de Choix pilote les premiers pas du groupe, sans jamais perdre de vue qu’il faut « le laisser trouver sa personnalité collective et s’approprier la maîtrise du projet. »

De fait, le facteur humain, dit aussi PFH (« p… de » à « précieux » facteur humain…) dans la mouvance alter-citoyenne, est au moins aussi essentiel dans la réussite des initiatives que leur environnement juridique, financier, réglementaire et législatif. Sur ce plan, si la France est encore en retard sur ses voisins d’Europe du nord, les choses bougent timidement, notamment au niveau des collectivités. Témoins, la proposition de l’EPFR dont se sont saisis les Habeilles, mais aussi d’autres opérations dans la région et, au niveau national, la signature à l’automne 2011, par une quinzaine de collectivités, d’une Charte d’orientation pour l’habitat participatif ; en vue : porter le débat à l’occasion des présidentielles du printemps 2012…

C’est en juin prochain que les Habeilles devraient signer le compromis de vente du terrain. D’ici-là, les réunions iront bon train pour affiner le projet sous tous ses aspects, et, le plus rapidement possible, inviter d’autres passionnés à se joindre à l’aventure. Début janvier, il restait encore une dizaine de « foyers » à attribuer.

Pour suivre l’évolution du projet : placedeshabeilles.org

Pour aller plus loin : les sites des réseaux d’habitat participatif, habitatgroupe.org, habicoop.fr, ecohabitatgroupe.fr, et celui du RAHP (réseau des acteurs professionnels de l’habitat participatif), rahp.fr.

un commentaire Poster un commentaire
  1. françoise KAYSER #

    merci pour cet article bien documenté que je vais transférer à des amis à la recherche d’une « place des Habeilles » sur leur territoire lyonnais !
    francesca

    6 avril, 2012

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